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Composition, radioactivité et origine des sables du littoral Camarguais



Au vu de l’affaire déclenchée par le communiqué de presse de la CRII-RAD du 03/04/2000, il est intéressant de résumer les différents épisodes de la campagne médiatique qui a suivi et s’est poursuivie jusqu’en juillet 2000.

Dés le 1er avril 2000, « La Provence » et le « Midi Libre » éditent des articles évoquant des taux de radioactivité anormalement élevés, par rapport à la normale, sur les plages de Camargue entre Port Saint-Louis et Palavas-les-Flots. Ces informations annoncent un communiqué de presse que doit faire la CRII-RAD deux jours plus tard. Ainsi va commencer une série d’articles et de reportages locaux s’intensifiant durant tout le week-end jusqu’à atteindre les médias nationaux (presse écrite, radio,TV).

Afin de comprendre ce phénomène, une étude systématique des sables à minéraux lourds des plages du delta du Rhône a été proposée, début avril, à la Commission Locale d’Information du Gard. Ces recherches, effectuées dans un laboratoire universitaire (Laboratoire de géochimie Isotopique) associé au CNRS et dirigé par le professeur J. Lancelot, mettront à disposition de la CLI du Gard des données fiables et pertinentes sur le sujet.

Conclusion :

Depuis avril 2000, c’est-à-dire à la suite des annonces très médiatisées de la CRII-RAD, des travaux (OPRI, BRGM, GIS pour la Cli du Gard et actuellement IRSN et labos universitaires associés) ont porté sur l’origine et le niveau d’activité des sables du littoral camarguais. Toutes les études antérieures à 2003 et au présent rapport ont en commun de ne présenter aucune synthèse bibliographique du sujet traité, alors que les travaux réalisés et publiés principalement entre 1949 et 1972, sont riches en informations sur l’origine, la localisation et la nature des concentrés en minéraux lourds présents à l’état naturel dans les sables du littoral camarguais. La majorité de ces auteurs signale la présence de zircons et de monazites dans ces concentrations, l’abondance des grenats ainsi que la présence de magnétite et d’ilménite ; ils s’accordent sur l’origine de ces minéraux, véhiculés depuis les Alpes, transportés par le Rhône puis redistribués le long de la côte camarguaise par les courants littoraux marins et pouvant, enfin être remaniés par l’action du vent.

Les concentrations en minéraux lourds des sables du littoral camarguais sont d’origine naturelle tant du point de vue de la minéralogie que des phénomènes physiques à l’origine de ces concentrations. Elles rappellent, à une échelle réduite, les sables à minéraux lourds constituant des gisements exploitables pour le titane (sables noirs à ilménite) et pour le thorium, les terres rares et le zirconium (sables jaunes à zircon et monazite).

Ces concentrations en minéraux lourds s’observent en surface dans les sables littoraux, le plus souvent sous forme de taches de taille plurimétriques à pluridécamétriques, de teinte noire et/ou rose, à quelques mètres de distance de la ligne de rivage actuelle. Ces taches sont l’expression en surface d’un empilement régulier en profondeur de strates d’épaisseur plurimillimétrique à centimétrique, constituées par l’alternance de sable sombre où les minéraux lourds d’origine détritique sont concentrés (magnétite), ilménite, grenat, zircon, monazite, augite, épidote) et de sable clair constitué de minéraux lourds d’origine détritique (quartz) et d’origine biogénique (calcite). Cette disposition en surface et en profondeur résulte de l’action combinée de la mer (ressac) et du vent (remaniement) en fonction de la densité et du diamètre des grains de sable.

En ce qui concerne l’activité des sables littoraux de Camargue, celle-ci est uniquement due aux radioisotopes naturels des chaînes de 238U et 232Th ainsi qu’au 40K. Un seul échantillon riche en minéraux argileux (TIKI 1) a présenté en 2001 une très faible activité en 137CS d’origine artificielle, non détectable en 2003. Cette anomalie est expliquée par l’accident survenu 2000 dans un incinérateur espagnol, ayant induit un faible mais détectable panache de 137Cs, sur le Sud-Est de la France. L’activité des plaques de sables sombres enrichies en minéraux lourds est clairement liée à la minéralogie (présence de zircons et surtout monazite riche en U et Th) et à la granulométrie des échantillons analysés. La compétition dans les sables de Camargue entre les minéraux lourds parmi lesquels le zircon et monazite sont porteurs d’U et Th et les minéraux plus légers porteurs de K (minéraux argileux, feldspath, muscovite et autres) induit une corrélation inverse entre les activités d’une part du 40K et d’autres part de 238U et 232Th (et de leurs descendants). Des activités maximales de 870 Bq/kg pour 238U et ses descendants, et de 1355 Bq/kg pour le 232Th et ses descendants ont été mesurées, ces valeurs sont égales ou inférieures aux mesures d’activité réalisées antérieurement sur les sables littoraux de Camargue. Il est important de souligner que les données d’activité présentées dans ce rapport correspondent à des prélèvements initiaux de l’ordre de 4 à 5 kg, limités à des strates de sable sombre à l’affleurement et d’une épaisseur d’ordre centimétrique, ce qui permet de réaliser un échantillonnage assez représentatif d’une plaque de sable sombre de taille plurimétrique. Les niveaux d’activité de ces plaques de sables sombre sont de l’ordre de 4 à 40 fois supérieurs à ceux des sables littoraux camarguais à dominante détritique, sans concentration particulière en minéraux lourds (sables « blanc »). Des débits de dose compris entre 0,2 et 0,4 µSv/h ont été mesurés au niveau du sable « blanc » de la plage de l’Espiguette, à titre de référence. Au niveau des plaques sombres enrichies en minéraux lourds par l’action combinée des vagues et du vent, les débits de dose sont compris régulièrement entre 0,7 µSv/h et 1,1 µSv/h. toutefois, ponctuellement, dans une plaque de sable sombre, le débit de dose peut atteindre une valeur maximale de 1,75 µSv/h. Le calcul des évaluations de dose conduit à des conclusions identiques celles formulées par l’OPRI en 2000, l’exposition des personnes sur les plages de Camargue s’inscrit dans les niveaux de fluctuation de la radioactivité naturelle. D’autres part, il est outrancier de vouloir assimiler les plages de Camargue avec leurs plaques de sable sombre teintées de rose, à un gisement économiquement exploitable, bien que les phénomènes physiques de concentrations de minéraux lourds soient très voisins pour un placer donnant un gisement et les concentrations en ces minéraux rencontrées localement dans les sables camarguais.