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Enquête épidémiologique d’incidence des hémopathies malignes et cancers thyroïdiens chez les enfants de moins de 15 ans autour du site de Marcoule

Publication parue dans la revue Epidémiologie et santé publique (1999, 47, 205-217)

Il s’agit d’une enquête d’incidence des leucémies aiguës, lymphomes et cancers thyroïdiens survenus entre 1985 et 1995 chez les enfants de 0 à 14 ans et résidant au moment du diagnostic à moins de 35 kilomètres de l’usine de retraitement de déchets nucléaires de Marcoule. Le périmètre d’étude a été découpé en 3 couronnes (<10 Km, 10 à 20 et 20 à 35) et 8 secteurs de 45°, individualisant ainsi 24 zones permettant de prendre en compte la direction dominante des vents et les communes dont le captage des eaux est effectué dans les alluvions du Rhône en aval du site. 1 116 442 million d’enfants sont concernés pour les 11 années examinées.

L’enquête a débuté en juin 1996, le recueil d’information ayant été mené selon deux axes. Dans un premier temps 656 médecins généralistes, ORL et pédiatres ainsi que 109 laboratoires d’analyses médicales exerçant dans un périmètre 35 kilomètres autour de Marcoule ont pré-déclaré les cas. Ensuite 2 enquêteurs ont analysé les archives de 5 centres de traitement (CHU) susceptibles d’accueillir les enfants de la région atteints de ces pathologies. Chaque cas décelé a été vérifié par un panel d’experts.

Résultats : 48 cas de leucémie aiguë (39 LAL et 9 LAM), 15 cas de lymphome (8 lymphomes de Hodgkin soit 53 % et 7 lymphomes non hodgkiniens dont 5 lymphomes de Burkitt), 1 leucémie myéloïde chronique et 1 cancer thyroïdien papillaire sont ainsi apparus chez des enfants âgés de moins de 15 ans au moment du diagnostic, et habitant lors l’une des 212 communes de la zone. L’incidence globale des leucémies et des lymphomes sont respectivement de 4,04 et 1,29 pour 100000 enfants. Pour tenir compte de la répartition par âge de la zone d’étude, nous avons calculé le ratio standardisé d’incidence (les SIR) en prenant différents taux d’incidence de référence (registres pédiatriques de la région PACA, de Manchester, de Turin, de Nancy) et en utilisant des techniques classiques et d’inférence bayésienne afin de vérifier la robustesse et la stabilité des résultats.

Aucun des SIR ne montre d’excès de leucémie ou de lymphome : tous sont proches de la valeur 100, indiquant un risque de leucémie identique à celui d’enfant vivant dans les régions des registres sus-cités. Les enfants de moins de 5 ans vivant dans des zones non exposées aux vents dominants ou au captage des eaux en aval du Rhône ont 2 à 3 fois moins de leucémies que les autres (qui ont un risque identique à celui de la population générale), mais cela n’est plus vrai ni pour les lymphomes, ni pour les autres catégories d’âge. De plus les zones exposées ainsi délimitées correspondantes également à des concentrations récentes de population avec mixité rurale/citadine, facteur suspecté d’induire des leucémies (hypothèse virale soulevée en Angleterre à Sellafield).

Il est donc impossible d’attribuer des variations d’incidence à tel ou tel facteur de risque a priori (ce n’est pas l’objet d’une étude d’incidence). L’hypothèse d’une contamination aquifère ou aérienne mérite donc être examinée plus avant, par exemple par une étude précise des modèles de contamination de la zone, prenant en compte tous les autres facteurs leucémogènes non ionisants (benzènes et viraux en particulier) ou des études de corrélation entre indicateurs de santé et dosimètre. Mais sur l’ensemble de la zone, il n’a pas été mis en évidence d’excès de leucémie ou de lymphome chez les enfants de moins de 15 entre 1985 et 1995, qui semble soumis au même risque que ceux d’autres populations européennes occidentales.